Il y a quelques mois, le Printemps arabe redessinait la géopolitique du Proche Orient à la surprise de la terre entière. Il y a quelques mois également, Dominique Strauss-Kahn était en garde à vue pour tentative de viol sur une femme de chambre d’un hôtel new-yorkais. A la lueur de ces deux actualités, Jean Liermier cherche aujourd’hui, à travers les œuvres de Beaumarchais et de Da Ponte, à questionner les limites du pouvoir d’un homme puissant sur ses subordonnés et à dessiner le chemin que prendra un valet jusqu’à l’opposition, jusqu’à l’indignation face à sa classe dirigeante.
L’attraction de l’Interdit ne s’est pas affaiblie au fil des siècles ! A travers le Mariage de Figaro, Beaumarchais la met à la lumière en s’immisçant dans les désirs du Comte Almaviva. Venant pourtant de supprimer le droit de cuissage, il n’aura de cesse, jusqu’au bout de la pièce, de harceler Suzanne (la servante de sa femme) le jour même de son mariage avec Figaro (son valet) ! Risquant pourtant de perdre son statut d’honnête Seigneur, de supprimer la confiance acquise vis-à-vis de sa cour et de détruire son couple, le Comte n’en démord pas !
Comment donc expliquer l’impossibilité à maitriser son désir ? Pourquoi le contrôle de soi est-il si faible vis-à-vis du « braver l’interdit » ? Pourquoi la grande destinée des Hommes s’efface-t-elle si rapidement au vu du plaisir acquis par le maintenant et tout de suite ? Pourquoi désirer ce à quoi l’on vient, consciemment, de renoncer ? Pourquoi le plaisir de l’instant recompose-t-il tout notre système de valeurs et annule-t-il le précédent ?
En gardant l’ossature de l’œuvre de Da Ponte et en y injectant le texte de Beaumarchais, Jean Liermier recherche l’efficacité du découpage du livret qui resserre l’action en 4 actes. Il désire montrer comment la Grande Histoire se tisse sur des petites histoires. Il mettra également à la lumière la révolte qui se produira en Figaro et Suzanne contre leur maître, laissant apercevoir les prémisses de la Révolution française. La condition de la femme (l’épouse, la maîtresse, la mère) sera, en outre, présente tout au long de l’histoire dans un face-à-face avec la présumée omnipotence de l’homme.
Une pièce qui offrira également la possibilité d’apprécier la musicalité du travail sur la langue de Jean Liermier qui, en répétition, à chaque mot, à chaque attaque, à chaque prise de souffle, cherche avec ses acteurs le son juste afin de faire résonner les auteurs d’hier comme s’ils écrivaient aujourd’hui.
Distribution
- Adaptation:
- Jean Liermier
- Assistanat à la mise en scène:
- Bérangère Gros
- Interprétation:
- Anne-Marie Delbart (Marceline), Céline Nidegger (la comtesse Almaviva), Darius Kehtari (le comte Almaviva), Jacques Maeder (Antonio - Brid'oison - Bazile), Judith Goudal (Fanchette), Laurent Annoni (Chérubin), Lionel Brady (Figaro), Sabrina Martin (Suzanne) et Serge Martin (Bartholo)
- Scénographie:
- Audrey Vuong
- Lumière:
- Jean-Philippe Roy
- Son:
- Emmanuel Nappey
- Costumes:
- Coralie Sanvoisin
- Maquillage:
- Katrin Zingg
- Mise en scène
- Jean Liermier
- Production
- Théâtre de Carouge-Atelier de Genève
- Avec le soutien de
- la Fondation Leenards et la Notenstein Banque Privée SA